top of page

Montréal-Nord : La vérité sur les allégations de racisme

  • Photo du rédacteur: Editor
    Editor
  • 14 juin
  • 5 min de lecture

Une enquête interne et criminelle visant une quinzaine de policiers du poste 39 du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) soulève de graves préoccupations concernant des allégations de comportements racistes et haineux lors d’interventions policières. Le dossier, qui implique des gestes présumés envers des citoyens noirs et arabes, provoque de nombreuses réactions politiques et ravive les discussions sur le profilage racial ainsi que sur la relation entre les forces de l’ordre et les communautés racisées.


Selon les informations rendues publiques, plusieurs policiers du poste 39 feraient l’objet d’une enquête à la suite d’allégations de gestes considérés comme incompatibles avec les règles disciplinaires et déontologiques policières. Parmi les faits rapportés figurent notamment des accusations selon lesquelles certains agents auraient coupé les dreadlocks d’hommes noirs lors d’interventions et auraient conservé ces mèches comme des « trophées ». Des allégations qui ont suscité une forte indignation au sein de plusieurs communautés.

Le chef du SPVM, Fady Dagher, a confirmé l’ouverture de l’enquête et a expliqué que la gravité des informations reçues avait nécessité une intervention rapide.

« En mars dernier, nous avons été mis au fait d’allégations de gestes et de comportements inacceptables de la part de membres du personnel policier du poste 39 dans l’arrondissement de Montréal-Nord », a déclaré le chef du SPVM.

Selon lui, les éléments recueillis étaient suffisamment préoccupants pour déclencher immédiatement des démarches d’enquête.

« Les informations étaient suffisamment préoccupantes que nous avons aussitôt déclenché une enquête afin de vérifier ces informations reçues », a-t-il ajouté.

Le chef de police a précisé que les allégations concernaient plusieurs comportements qui pourraient représenter de sérieux manquements aux obligations professionnelles des policiers, voire certaines infractions potentielles au Code criminel.

« Nous parlons entre autres d’allégations de manquements lors d’une intervention policière, mais également d’allégations de comportements discriminatoires et racistes envers des citoyens », a-t-il expliqué.

Des mesures disciplinaires immédiates annoncées

Face à la gravité des faits allégués, le SPVM a annoncé plusieurs mesures administratives afin de protéger l’intégrité de l’enquête. Deux policiers ont été suspendus, trois autres ont été affectés à des tâches administratives et les autres membres de l’équipe concernée ont été relocalisés dans différents secteurs.

« Compte tenu de la gravité des faits présumés, dans le but de prévenir tout manquement et de favoriser le déroulement de l’enquête, j’ai pris la décision de procéder immédiatement à la suspension de deux policiers, d’en déplacer trois dans des tâches administratives et de relocaliser le reste de l’équipe de travail concernée à différents endroits », a indiqué Fady Dagher.

Un dossier a également été transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pour analyse. Le chef du SPVM a toutefois précisé que le dossier soumis concernait une seule intervention policière.

Il a également voulu rassurer les citoyens de Montréal-Nord quant au maintien des services policiers.

« Je tiens tout de suite à rassurer la population de Montréal-Nord quant à notre offre de service. Les mesures ont déjà été mises en place pour continuer d’assurer le service aux citoyens sans interruption ni délai », a-t-il affirmé.

Le chef du SPVM condamne fermement les comportements racistes

Fady Dagher a réaffirmé que le racisme et la discrimination n’avaient aucune place au sein de l’organisation policière.

« Depuis mon arrivée en poste, je clame haut et fort auprès de mes membres, auprès des médias et auprès des citoyens que je ne tolérerai aucun comportement raciste, discriminatoire ou tout simplement contraire aux valeurs de notre organisation », a-t-il déclaré.

Le chef du SPVM a également reconnu l’impact personnel et institutionnel de cette affaire.

« La situation avérée est totalement inacceptable et je ne vous cacherai pas qu’elle me choque profondément », a-t-il soutenu.

Il a toutefois souligné le rôle joué par des membres du service qui ont signalé les faits présumés.

« C’est très important de souligner que ce sont des membres de notre organisation qui ont eu le courage de signaler les faits. D’autres ont enquêté sur les fautifs et cela nous a menés à prendre les décisions que je vous partage aujourd’hui », a-t-il expliqué.

Pour lui, l’intervention auprès de cette équipe représente un geste significatif afin de préserver le lien de confiance avec la population.

« Intervenir auprès d’une équipe de travail comme nous le faisons ce soir, c’est un geste fort, c’est un geste unique. Je le fais parce que c’est nécessaire, parce que maintenir le lien de confiance avec toutes les populations est crucial pour moi et pour nous », a déclaré le chef du SPVM.

Des réactions politiques fortes

Les révélations ont rapidement provoqué des réactions chez plusieurs élus québécois.

La députée de Bourassa-Sauvé, Madwa-Nika Cadet, a dénoncé des gestes qu’elle qualifie d’« absolument dégoûtants », tout en saluant la rapidité avec laquelle le SPVM a réagi. Elle a également rappelé l’importance d’accélérer le déploiement des caméras corporelles pour les policiers.

De son côté, la députée de Marie-Victorin, Shirley Dorismond, a affirmé être profondément touchée par ces allégations en tant que femme noire. Elle a insisté sur le fait que de tels comportements seraient incompatibles avec les valeurs défendues par le Québec et a appelé à suivre l’évolution de l’enquête tout en protégeant la confiance envers les institutions publiques.

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a également rappelé que toute forme de profilage racial ou de violence est inacceptable.

Le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, a pour sa part qualifié les gestes allégués de comportements « inacceptables » et « choquants ».

Un enjeu majeur pour la relation entre police et communautés

Cette affaire intervient dans un contexte où les relations entre les forces policières et certaines communautés racisées demeurent un sujet sensible, particulièrement à Montréal-Nord, un secteur où les questions liées au profilage racial et à la confiance envers les institutions ont régulièrement fait débat.

Au-delà des mesures disciplinaires, le dossier soulève une question fondamentale : comment reconstruire durablement la confiance entre la police et la population lorsque des accusations aussi graves émergent ?

Le chef du SPVM a rappelé que l’organisation avait déjà mis en place plusieurs initiatives visant à lutter contre le racisme et les discriminations, notamment une unité dédiée à l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI), une équipe de coachs en interaction policière sur le terrain ainsi qu’un plan de lutte contre les discriminations.

« Nous avons triplé les équipes d’enquête interne. Cela leur a donné davantage de moyens, mais pas seulement. Cela a aussi permis de faire entrer de nouvelles personnes, de nouvelles philosophies », a expliqué Fady Dagher.

Selon lui, l’objectif est de créer un environnement où les employés et les citoyens peuvent signaler des comportements problématiques avec confiance.

« Notre engagement constant depuis le premier jour est de lutter contre le racisme. Le racisme et tout comportement répréhensible n’ont pas leur place ici et ne sont pas tolérés », a-t-il insisté.

Une enquête qui pourrait marquer un tournant

Les policiers visés par l’enquête demeurent protégés par la présomption d’innocence. Les prochaines étapes devront permettre d’établir les faits et de déterminer les responsabilités individuelles.

Mais déjà, cette affaire représente un moment important pour le SPVM, alors que l’organisation tente de démontrer sa capacité à traiter avec sérieux les accusations de discrimination et à maintenir un lien de confiance avec l’ensemble des citoyens.

L’enquête devra maintenant répondre aux nombreuses questions soulevées par ces allégations et déterminer si des manquements graves ont effectivement été commis au sein du poste 39.



Commentaires


bottom of page