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Montreal: 32 Ans Après Le Témoignage d'un Survivant du Génocide Rwandais

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    Editor
  • 10 avr.
  • 3 min de lecture

Un message de solidarité et de mémoire a été transmis au cours de la cérémonie par la mairesse, absente pour l’occasion. Dans une déclaration lue devant l’assemblée, elle a rappelé l’engagement constant de la ville envers « le respect de la dignité humaine et des droits de la personne », soulignant l’importance de se souvenir « des graves violations et des principes survenus au fil de l’histoire ».


Ces moments de recueillement, a-t-elle insisté, sont essentiels pour « favoriser la conscientisation, nourrir la réflexion collective et renforcer la lutte contre toutes les formes de haine et de discrimination ».


Au-delà des discours officiels, l’accent a été mis sur la portée profonde de la commémoration. « Commémorer, c’est se souvenir, c’est garder cette mémoire collective vivante, mais c’est aussi poser des mots, parfois des mots difficiles », a-t-il été souligné, tout en insistant sur la ضرورة de créer « des espaces pour recevoir et écouter avec humilité ».


C’est dans cet esprit que la parole a été donnée à Claire Safari, autrice de Soleil se souvient, venue livrer un témoignage personnel marqué par la tragédie du génocide contre les Tutsi de 1994 au Rwanda et par un long processus de reconstruction.


Visiblement émue, elle a entamé son intervention avec simplicité : « Bonjour tout le monde. Excusez-moi, je suis nerveuse. » Née à Rwamagana, dans l’est du Rwanda, elle décrit une enfance paisible au sein d’une famille de cinq enfants, portée par des parents enseignants et un environnement culturel riche. « On vivait quand même assez bien avec des parents éduqués », a-t-elle confié, évoquant une vie marquée par la transmission des valeurs et des traditions, notamment à travers les activités artistiques de sa mère.


Mais cette stabilité bascule brutalement en avril 1994. « Comme tous les Rwandais, on a été pris par surprise », raconte-t-elle, décrivant l’irruption soudaine des violences. Séparée de son frère dans la tourmente, elle trouve refuge avec sa sœur dans des centres où la survie quotidienne devient incertaine. « À chaque jour, on se disait… on savait pas si on allait survivre le lendemain », se souvient-elle.


Elle évoque deux mois passés dans des conditions extrêmes, marqués par la peur, la faim et l’absence d’espoir. La libération, survenue de manière inattendue, reste gravée comme un moment irréel : « À 3h du matin… un miracle. »


Après ces événements, les questions persistent, profondes et troublantes. « Pourquoi on nous faisait ça ? » s’interroge-t-elle, cherchant à comprendre l’incompréhensible, notamment lorsque des voisins ou des connaissances se retrouvent impliqués dans les violences.


Installée au Canada à partir de 1998, Claire Safari entreprend des études en travail social et en santé mentale, motivée par une quête de compréhension de l’humain. « Je voulais étudier l’être humain », explique-t-elle, dans l’espoir de donner un sens à ce qu’elle avait vécu.


Des années plus tard, une rencontre inattendue vient bouleverser son cheminement : celle avec un ancien ami impliqué dans les violences. « Je l’ai confronté avec mille questions », raconte-t-elle. Cette démarche, difficile mais essentielle, lui permet d’entamer une nouvelle étape intérieure. « C’est là que je me suis dit : waouh… la réconciliation est possible. Le vrai pardon est possible. »


Sans nier la douleur ni effacer le passé, elle insiste sur une distinction essentielle : « Pardonner, ça ne veut pas dire oublier. » Pour elle, la parole joue un rôle fondamental dans le processus de guérison. « Ce qui est important, c’est d’en parler… ne restez pas seuls avec ces blessures », lance-t-elle à l’adresse des rescapés.


Son témoignage se conclut sur un message à la fois personnel et universel, empreint de nuance et de respect des parcours individuels : « Il n’y a pas d’obligation… chaque personne a sa façon d’aller de l’avant. Mais on est ensemble. »


À travers ce récit, la commémoration dépasse le devoir de mémoire pour devenir un espace de transmission, de réflexion et d’espoir, où la reconstruction individuelle rejoint un engagement collectif contre l’oubli et la haine.



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