Talent et Passion – S02 Épisode 3 | Doris Jean Baptiste, artiste multidisciplinaire inspirante
- Editor

- 14 mai
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Transformer une épreuve personnelle en une source de création et de partage. C’est le parcours de Doris Jean-Baptiste, artiste multidisciplinaire qui utilise la peinture, les matières et l’art abstrait pour exprimer ses émotions, transmettre un message d’espoir et créer des liens humains.
Invitée de l’émission Talent et Passion, animée par Sacha Doama, Doris Jean-Baptiste a raconté son cheminement artistique, marqué par la perte de sa mère lors du tremblement de terre survenu en Haïti le 12 janvier 2010, mais aussi par une volonté profonde de transformer cette souffrance en force créatrice.
« Je suis Doris Jean-Baptiste. J’ai émigré au Québec en 2002. Je suis mère de deux jeunes filles. Je travaille à temps plein et aussi je pratique mon art », a-t-elle expliqué en présentant son parcours.
Au-delà de la peinture sur toile, Doris développe un univers artistique riche et varié. Elle travaille sur différents supports, notamment le tissu, le verre, la résine, le plâtre et plusieurs matériaux utilisés dans la création artisanale.
« Avant tout, je suis artiste peintre. Je peins sur des toiles et je peins sur tissu aussi. Par la suite, je me suis lancée dans l’artisanat. Je peins sur des pochettes en tissu, sur des bouteilles en verre, je fabrique des boucles d’oreilles en résine et des bracelets », a-t-elle décrit.
La peinture comme refuge après le deuil
Le parcours artistique de Doris a commencé dans une période particulièrement difficile de sa vie. Après avoir perdu sa mère dans le séisme en Haïti, elle s’est tournée vers la peinture comme moyen d’exprimer ce que les mots ne pouvaient pas toujours traduire.
« Ça commençait par un deuil malheureusement, mais en même temps aussi, ça a développé autre chose. J’ai perdu ma mère à un tremblement de terre en Haïti le 12 janvier et j’ai commencé à peindre à l’acrylique pour pouvoir exprimer mes émotions », a-t-elle confié.
Pour elle, l’art est devenu un espace de libération intérieure.
« C’était exutoire pour moi », a-t-elle affirmé.
Cette démarche l’a progressivement amenée à explorer de nouvelles formes artistiques. D’une simple toile, elle est passée à différents matériaux, cherchant constamment de nouvelles façons de créer.
L’art abstrait pour exprimer l’invisible
Doris s’est particulièrement tournée vers l’art abstrait, une forme d’expression qui lui permet de transmettre des émotions sans être limitée par la représentation classique des objets ou des personnes.
Elle explique que contrairement à l’art figuratif, où l’image est immédiatement identifiable, l’abstraction laisse davantage de place à l’interprétation.
« L’art abstrait avant tout, c’est tout ce qui n’est pas figuratif. Si tu dessines un oiseau, dès que tu vois la toile, tu sais que c’est un oiseau. Tandis que l’abstrait, la personne peut ressentir quelque chose », a-t-elle expliqué.
Pour Doris, cette liberté artistique était essentielle dans son processus de guérison.
« Le deuil m’emprisonnait tellement que j’avais envie de me libérer et de m’exprimer. En utilisant l’abstrait, je ne me souciais pas des erreurs, des dimensions. Je me suis laissée aller par les couleurs, les éclaboussures, les formes », a-t-elle raconté.
Les couleurs fortes sont devenues un moyen de retrouver de la lumière dans une période sombre.
« Pour pouvoir me garder en vie, il fallait que j’utilise des couleurs fortes pour pouvoir me réveiller, pour que cela me procure de la joie », a-t-elle ajouté.
Les couleurs d’Haïti au cœur de ses créations
L’identité haïtienne occupe également une place importante dans son œuvre. À travers ses créations, Doris fait vivre les couleurs et les paysages de son pays d’origine.
« C’est en utilisant des couleurs vibrantes comme le rouge, l’orange, le vert, parfois le bleu. C’est ce qui me rappelle Haïti », a-t-elle expliqué.
Elle associe cette richesse chromatique à son environnement d’enfance, où les couleurs sont omniprésentes dans la nature, les transports et les expressions artistiques.
« En Haïti, à cause de la nature, on a toutes sortes de couleurs. Les tap-tap sont colorés, très très colorés. Nous sommes toujours exposés à la couleur », a-t-elle souligné.
Selon elle, cette relation profonde avec les couleurs vient d’un environnement où l’art est présent au quotidien.
« Je pense que c’est la nature. Il y a le soleil, toutes sortes de couleurs, de fleurs, de plantes. Je pense que ça vient de là », a-t-elle déclaré.
De la guérison personnelle à une mission auprès des autres
La démarche artistique de Doris ne s’est pas limitée à son propre parcours. Son désir de partager son expérience l’a menée jusqu’au Rwanda, où elle a organisé des ateliers artistiques auprès de femmes ayant vécu les conséquences du génocide contre les Tutsi.
Cette initiative est née d’un parallèle qu’elle a ressenti entre son histoire personnelle et celle des survivantes.
« Je n’ai pas pu enterrer ma mère. Et ces femmes, elles aussi, elles n’ont pas pu enterrer leurs morts. Donc je me suis dit qu’il fallait que je partage cette passion pour leur donner un répit, pour que ça soit thérapeutique », a-t-elle expliqué.
Grâce à son réseau et aux rencontres faites au fil du temps, son projet a pu voir le jour.
« La force du réseau et du bouche-à-oreille », a-t-elle résumé lorsqu’elle a raconté comment elle avait réussi à organiser ses ateliers.
Lors de son séjour, elle a rencontré des femmes dont la résilience l’a profondément marquée.
« Ce qui m’a le plus marqué, c’est la souffrance des femmes, mais aussi le manque d’estime de soi. Je suis partie pour partager ma passion, apporter un peu de joie, mais je suis retournée au Canada avec une autre perspective parce que ces femmes ont été inspirantes pour moi », a-t-elle témoigné.
Elle retient également une grande leçon autour du pardon et de la reconstruction.
« Je me suis rendu compte que c’est possible de pardonner », a-t-elle affirmé.
L’art comme outil de connexion et d’équilibre
Pour Doris Jean-Baptiste, l’art dépasse largement la création d’objets. Il devient un moyen de rapprocher les personnes, de combattre l’isolement et de favoriser le bien-être.
« Je pense que c’est très thérapeutique. Ça permet de créer des liens et ça brise l’isolement », a-t-elle déclaré.
Elle estime même que l’art pourrait avoir une place dans les milieux professionnels, notamment à travers des activités collectives.
« Un exercice de peinture collective, c’est un exercice qui rapprocherait les employés », a-t-elle expliqué.
Dans sa propre vie, l’art représente un équilibre essentiel.
« Dans ma vie, moi c’est mon oxygène », a-t-elle confié.
Créer lui permet de retrouver une forme de liberté et de jeunesse intérieure.
« Quand je crée, je me sens comme une enfant. Ça m’aide à rester équilibrée », a-t-elle ajouté.
Une œuvre qui garde la mémoire de sa mère vivante
Au terme de l’entretien, Doris a partagé un message destiné à sa mère, dont la mémoire continue d’influencer chacune de ses créations.
« Elle continue de vivre à travers mes créations parce que ma mère était quelqu’un de très joyeux et très sociable. Elle aimait le monde, elle aimait la vie », a-t-elle déclaré.
Aujourd’hui, elle voit son art comme un hommage permanent.
« J’ai arrêté de pleurer et maintenant je continue de vivre à travers mes créations. Elle vit à travers moi aussi parce que tout ce que je fais, c’est en hommage à elle », a-t-elle conclu.
À travers ses œuvres, Doris Jean-Baptiste démontre que l’art peut devenir un langage universel : celui de la résilience, de la mémoire et de la transformation. Une manière de convertir les blessures du passé en couleurs capables de toucher les autres.




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