Ce que le Québec ne veut pas que tu saches sur son histoire noire
- Editor

- 10 févr.
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L’histoire des communautés noires au Québec remonte à la Nouvelle-France, bien avant que la province ne devienne ce qu’elle est aujourd’hui. Une histoire souvent effacée des manuels scolaires, mais essentielle pour comprendre le présent et le chemin parcouru.
Entre 1629 et 1834, environ 4 200 personnes ont été réduites en esclavage sur le territoire de la Nouvelle-France. Si une majorité étaient des autochtones, un tiers provenait d’Afrique ou des Antilles françaises. Ces hommes, femmes et enfants servaient comme domestiques, artisans ou ouvriers, sans aucun droit, pouvant être achetés, vendus ou légués comme des biens.
Marie-Joseph Angélique, esclave d’origine portugaise, fut accusée en 1734 d’avoir incendié Montréal. Son procès et son exécution illustrent la violence et l’injustice auxquelles étaient confrontées les personnes réduites en esclavage, laissant une trace durable dans la société québécoise.
L’abolition de l’esclavage en 1834, sous l’empire britannique, ne signifiait pas l’égalité. Montréal devint un refuge pour les Noirs américains fuyant l’esclavage via le chemin de fer clandestin. Ces nouveaux arrivants fondèrent des communautés, créèrent des églises, des écoles et des organisations d’entraide, tout en travaillant dans des métiers souvent subalternes, malgré une discrimination omniprésente.
Le quartier de Saint-Antoine, près du centre-ville actuel, devint le cœur de la communauté noire montréalaise, accueillant l’Union United Church fondée en 1907 et les premiers mouvements de revendication.
Les années 1960 et 1970 marquent l’arrivée massive d’immigrants haïtiens, francophones et qualifiés, fuyant la dictature de Duvalier. Malgré leurs compétences, beaucoup se heurtèrent à des barrières professionnelles et sociales, tandis que d’autres immigrés africains, du Congo, du Rwanda ou de la Côte d’Ivoire, enrichissaient la diversité culturelle et linguistique de Montréal. Aujourd’hui, environ 300 000 personnes noires vivent au Québec, représentant plus de 50 origines différentes.
L’histoire des communautés noires au Québec est aussi celle de combats pour l’égalité. Inspirés par le mouvement des droits civiques aux États-Unis, des militants montréalais ont créé des organisations comme le Congrès des noirs du Canada, dénonçant la discrimination dans l’emploi, le logement et l’éducation. Les progrès législatifs, comme la Charte des droits et libertés de la personne de 1975, ont été limités face à la persistance du racisme systémique, illustré notamment par le profilage racial et la surreprésentation dans le système carcéral. Le mouvement Black Lives Matter Montréal, en 2017, a mis en lumière ces injustices.
Malgré ces obstacles, les communautés noires ont profondément marqué la culture québécoise. Dans la musique, Montréal fut surnommée le « Harlem du Nord » entre 1920 et 1960, avec des figures emblématiques comme Oscar Peterson et Oliver Jones. Dans la littérature, Dani Laferrière et Rodne Saint-Lois ont enrichi le paysage culturel par des récits uniques. Le théâtre, le sport et d’autres domaines ont également bénéficié de l’apport noir, malgré les discriminations persistantes.
En 2024, le racisme systémique demeure tangible. Les obstacles à l’emploi, au logement et à l’éducation persistent, tout comme la sous-représentation dans les médias et la politique. L’invisibilisation historique renforce l’idée erronée que les Noirs seraient de « nouveaux arrivants », alors qu’ils font partie intégrante du Québec depuis quatre siècles.
Pour construire un Québec véritablement inclusif, il est nécessaire de reconnaître officiellement l’esclavage en Nouvelle-France, d’enseigner son histoire, de lutter contre le racisme systémique et d’assurer une représentation équitable dans toutes les sphères de la société.
L’histoire des communautés noires au Québec est une histoire de dignité, de résistance et de contribution. Comprendre ce passé, c’est se donner les outils pour façonner un avenir où chaque individu, quelle que soit sa couleur, peut vivre dans l’égalité et le respect.




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