Conversation Canada-Afrique 2025 : Ce que les organisations noires doivent savoir
- Editor

- 23 juin
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Lors d’un symposium dédié à l’entrepreneuriat afro-descendant, des experts, hommes d’affaires et diplomates ont dressé un constat sans appel : le Canada accuse un retard stratégique et perceptuel majeur sur le continent africain. Loin des discours convenus, les intervenants ont plaidé pour une coopération économique pragmatique, une meilleure reconnaissance des compétences africaines et une mobilisation politique accrue des diasporas.
L’heure n’est plus aux intentions vagues, mais aux partenariats concrets et chiffrés. C’est le message central qui a résonné lors d’une table ronde marquante portant sur la « nouvelle dynamique d’investissement et de coopération entrepreneuriale » entre le Canada et l’Afrique. Animée par Guy Pascal Zambou, président de la Foire africaine de Montréal, la discussion a réuni des voix influentes, dont Carl Mville de Chaîn, vice-président de la Chambre de commerce Canada-Afrique, et Son Excellence Monsieur Aya Apolinet, ambassadeur de la République du Congo au Canada et coordonnateur du groupe des ambassadeurs francophones.
Un hommage à la résilience communautaire
Avant d’aborder les enjeux géopolitiques, la séance a été marquée par un hommage vibrant à Henriette Candoua, figure emblématique de l’entrepreneuriat et pilier de l’Observatoire des communautés noires. Son parcours incarne la continuité nécessaire au développement économique, bien avant la mise en place des programmes actuels.
« Henriette était là quand il fallait commencer à se parler, alors qu’on n’était pas très nombreux », a souligné un intervenant lors de l’introduction, rappelant le rôle fondateur de la Table en développement économique de la communauté (Tadeek). « Son message, c’est toujours le même : la communauté va avancer quand on va travailler ensemble, peu importe nos origines, qu’elles soient haïtiennes, africaines, caribéennes ou anglophones. »
Le « fossé de perception » et le mythe de la corruption
Le débat a rapidement mis en lumière les obstacles psychologiques et structurels qui freinent les investissements canadiens en Afrique. Selon Carl Mville de Chaîn, le principal frein n’est pas l’absence d’opportunités, mais un manque criant de connaissance du terrain.
« C’est un fossé de perception. On ignore, et souvent, quand on ignore, on s’invente une histoire irréelle », a-t-il affirmé, illustrant son propos par l’anecdote d’un homme d’affaires canadien qui refusait de se rendre en Afrique de l’Ouest par crainte, littéralement, de « se faire dévorer en sortant de l’avion ».
L’ambassadeur Aya Apolinet a abondé dans ce sens, déconstruisant le stéréotype de la corruption endémique. « La corruption est un fait qui gangrène la majorité des pays, y compris développés. Mais petit à petit, des mécanismes sont mis en place pour la faire reculer », a-t-il expliqué, citant l’exemple du Botswana, régulièrement classé parmi les pays les moins corrompus au monde. Il a également rappelé que l’Afrique n’est pas un continent pauvre, mais un espace disposant d’un capital humain jeune et de ressources stratégiques majeures.
Une stratégie canadienne en quête de crédibilité
Les intervenants ont été particulièrement critiques à l’égard de la récente « Stratégie du Canada pour l’Afrique ». Selon eux, ce document souffre d’un manque de moyens et de consultation réelle.
« On nous convoque dans une salle et on nous débite des choses incroyables, sans que l’on sache ce que le Canada entend par "partenariat" », a déploré l’ambassadeur Aya Apolinet. Il a également soulevé la question épineuse de la fuite des cerveaux, notant que les États africains investissent des milliards pour former des étudiants qui, une fois diplômés au Canada, y restent. « Nous avons dit au Canada : si vous voulez récupérer ces ressources humaines, remboursez la formation à l’Afrique. »
Carl Mville de Chaîn a renchéri en pointant l’absence de la diaspora dans l’élaboration de ces politiques. « On publie un plan de 60 pages, mais il n’y a pas de budget, pas d’échéancier. Ce qu’il faut, c’est engager un dialogue intelligent avec les diasporas, qui sont les premiers représentants de l’Afrique sur ce territoire. »
L’impératif de l’unification et de l’engagement politique
Face à ce constat, la solution proposée par les panélistes repose sur une mobilisation structurée des communautés afro-descendantes. Avec près de 450 associations de diaspora répertoriées au Canada, la fragmentation des efforts reste un défi majeur.
« L’unification des voix est la clé. Si les Africains présents au Canada se trouvaient un vecteur pour parler d’une voix unique, nous serions capables de nous faire entendre avec force et vigueur », a insisté M. Mville de Chaîn.
L’ambassadeur a, pour sa part, invité les entrepreneurs à utiliser les canaux diplomatiques non pas comme de simples bureaux de visas, mais comme de véritables leviers de facilitation des affaires. « Nos décideurs sont accessibles. Mon rôle est de vous accompagner pour que vous ne perdiez pas votre temps. La vraie corruption, c’est la perte de temps. »
En clôture des échanges, des membres du public ont rappelé que cette mobilisation doit aussi se jouer sur le terrain politique canadien. Comme l’a formulé un participant, la diaspora doit s’engager dans le processus démocratique local : « Si les politiciens savent que nous nous mobilisons et que nous votons, je suis certain que les programmes gouvernementaux intégreront enfin nos priorités. »
Le message est désormais clair : pour que le Canada ne rate pas le train du développement africain, déjà prisé par la Chine, les États-Unis et l’Europe, la diaspora doit passer du statut de spectatrice à celui d’actrice stratégique, unie et influente.




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