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Les premiers arrivants noirs au Canada | Ce n’est pas ce que vous pensez

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  • 21 juil.
  • 6 min de lecture

L’histoire de la première personne noire arrivée au Canada ne se résume pas simplement à l’arrivée d’un individu sur des terres inconnues. Il s’agit plutôt d’un récit complexe, façonné par plusieurs siècles d’histoire, traversant des continents et impliquant d’innombrables personnes dont les histoires ont été perdues avec le temps.


Lorsqu’on tente d’identifier la première personne noire dans ce que nous appelons aujourd’hui le Canada, il faut composer avec des archives incomplètes, des documents coloniaux qui ont souvent effacé ou minimisé la présence des populations d’origine africaine, ainsi qu’avec la difficulté de définir précisément ce que signifient les termes « premier » et « Canada » dans ce contexte.

Les documents historiques disponibles indiquent que la première personne noire connue et documentée au Canada serait Mathieu Da Costa, un navigateur et interprète arrivé au début du XVIIe siècle. Sa présence précède plusieurs établissements qui allaient plus tard devenir les fondations du Canada moderne.

Da Costa était un homme libre et un linguiste talentueux capable de parler plusieurs langues, notamment le français, le néerlandais, le portugais et, de manière remarquable, la langue mi’kmaq des peuples autochtones de la côte atlantique. Ses compétences linguistiques l’ont rendu indispensable aux explorateurs européens cherchant à établir des relations commerciales et des colonies dans le Nouveau Monde.


Un interprète au cœur de l’exploration européenne

L’histoire de Mathieu Da Costa s’inscrit dans le contexte de l’exploration européenne et de la compétition intense entre plusieurs nations cherchant à établir des colonies et des postes commerciaux en Amérique du Nord.

La date exacte de son arrivée demeure incertaine, mais les documents historiques le situent dans la région entre 1605 et 1608. Il voyageait avec Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain, deux figures majeures de l’exploration française à cette époque.

Ces hommes ont joué un rôle essentiel dans l’établissement de ce qui allait devenir la Nouvelle-France, l’empire colonial français en Amérique du Nord avant la domination britannique.


Les circonstances ayant amené Da Costa sur les terres aujourd’hui canadiennes révèlent l’interconnexion du monde atlantique de cette époque. Il serait probablement né en Afrique de l’Ouest ou au Portugal, en raison de son nom portugais et de ses compétences linguistiques.

Sa maîtrise du portugais laisse penser qu’il aurait pu avoir des contacts avec des commerçants portugais ou avoir vécu dans des territoires portugais. Sa connaissance du néerlandais et du français indique également qu’il avait voyagé largement en Europe avant sa traversée de l’Atlantique.

Mais l’élément le plus intrigant demeure sa capacité à parler le mi’kmaq. Cette connaissance a longtemps intrigué les historiens.


Certains chercheurs pensent qu’il aurait effectué des voyages antérieurs non documentés dans la région. D’autres avancent qu’il aurait appris cette langue auprès de personnes autochtones amenées en Europe durant cette période d’exploration.

Les puissances européennes ramenaient parfois des Autochtones en Europe, comme captifs, ambassadeurs ou curiosités destinées aux cours royales. Si Da Costa avait rencontré des locuteurs mi’kmaq en Europe, il aurait pu apprendre leur langue avant même son arrivée officielle en Amérique du Nord.


Un homme libre dans une histoire marquée par l’esclavage

La documentation historique concernant Da Costa demeure limitée. Les informations disponibles proviennent principalement de documents financiers et de correspondances entre marchands et explorateurs européens.

Ces documents révèlent des conflits concernant les droits d’utilisation de ses services d’interprète. Les commerçants néerlandais affirmaient avoir engagé ses services en premier, tandis que les explorateurs français estimaient avoir besoin de ses compétences pour leurs expéditions.

Cette compétition démontre la valeur de son expertise. Mathieu Da Costa n’était pas simplement un passager ou un travailleur, mais un professionnel qualifié dont les compétences étaient recherchées.


Son histoire est particulièrement importante parce qu’il est arrivé comme homme libre et non comme personne réduite en esclavage.

Cette réalité distingue Da Costa de nombreux Africains qui arriveraient au Canada au cours des siècles suivants. Sa trajectoire remet en question les récits simplifiés sur l’expérience noire dans l’histoire canadienne.

Il participait activement aux premières entreprises coloniales, utilisant ses compétences pour faciliter les communications entre les nouveaux arrivants européens et les peuples autochtones présents sur ces territoires depuis des milliers d’années.

Cependant, son histoire ne représente qu’un seul chapitre dans une histoire beaucoup plus vaste.

Les archives coloniales peuvent cacher l’existence d’autres personnes noires arrivées avant ou après lui, mais dont les noms n’ont jamais été conservés. Les personnes réduites en esclavage, les domestiques et celles occupant des positions sociales inférieures étaient souvent absentes des documents officiels.


L’arrivée de l’esclavage au Canada

Après l’arrivée de Da Costa, le nombre de personnes noires présentes au Canada a progressivement augmenté, mais leurs situations étaient très différentes.

Certaines sont arrivées libres, tandis que d’autres ont été amenées en esclavage.

L’esclavage existait en Nouvelle-France puis en Amérique du Nord britannique, même s’il prenait des formes différentes de celles observées dans les plantations des Caraïbes ou du sud des États-Unis.

Les personnes noires réduites en esclavage au Canada travaillaient souvent comme domestiques dans les maisons de familles riches, auprès d’officiers militaires ou de responsables gouvernementaux.

Pendant longtemps, l’esclavage au Canada a été une réalité historique minimisée ou oubliée. Le pays a souvent été présenté principalement comme un refuge pour les esclaves américains grâce au chemin de fer clandestin.

Bien que cette partie de l’histoire soit importante, elle ne doit pas cacher le fait que l’esclavage a été légal et pratiqué au Canada pendant plus de 200 ans.


La première personne réduite en esclavage officiellement enregistrée en Nouvelle-France était un jeune garçon originaire de Madagascar, arrivé dans la colonie en 1628.

Son arrivée marque le début d’un long chapitre douloureux de l’histoire canadienne.

Pendant les décennies et siècles suivants, des centaines de personnes d’origine africaine ont vécu et travaillé dans ce qui est aujourd’hui le Canada.

Elles ont contribué au développement économique des colonies, mais leurs histoires ont souvent été effacées des récits historiques dominants.


Les communautés noires et la lutte pour les droits

Après la Révolution américaine, l’arrivée des loyalistes a représenté un moment important dans l’histoire des populations noires au Canada.

Parmi eux se trouvaient des propriétaires d’esclaves ayant amené des personnes réduites en esclavage, mais aussi des loyalistes noirs libres ayant combattu pour la Couronne britannique en échange de promesses de liberté et de terres.

Ces communautés se sont principalement installées en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, créant des centres importants de la culture noire canadienne.

Malgré leur contribution, les loyalistes noirs ont rencontré de nombreuses difficultés : discrimination, pauvreté, promesses non respectées et accès limité aux terres.


Certains ont finalement choisi de quitter le Canada pour s’installer en Sierra Leone dans les années 1790.

Ceux qui sont restés ont continué à construire des communautés, créer des églises, des écoles et des organisations d’entraide.

Ils ont résisté à l’oppression de différentes façons, notamment en contestant les lois discriminatoires et en luttant pour leurs droits.


Une histoire qui continue aujourd’hui

L’abolition progressive de l’esclavage au Canada est venue grâce à plusieurs décisions judiciaires, lois et changements sociaux.

En 1793, le Haut-Canada adopte une loi empêchant l’introduction de nouveaux esclaves et permettant une émancipation progressive des enfants nés de mères esclaves.

L’abolition complète arrive finalement avec la loi impériale britannique de 1833, qui met fin officiellement à l’esclavage dans l’ensemble de l’Empire britannique.

Cependant, la fin de l’esclavage légal ne signifie pas la fin du racisme.

Pendant les XIXe et XXe siècles, les Canadiens noirs ont continué à faire face à la ségrégation, aux discriminations et aux obstacles économiques.

Malgré ces difficultés, ils ont créé des entreprises, des institutions culturelles, des journaux et ont contribué dans plusieurs domaines, notamment les arts, les sports et l’armée.


Une mémoire essentielle pour comprendre le Canada

L’histoire de Mathieu Da Costa représente bien plus qu’une question sur la première personne noire arrivée au Canada.

Elle rappelle que la présence noire au Canada existe depuis les premiers siècles de la colonisation européenne.

« Les Noirs font partie de l’histoire canadienne depuis le début », souligne l’importance de reconnaître cette réalité historique.


Les archives montrent également leurs limites : le fait que nous connaissions le nom de Da Costa alors que plusieurs autres restent anonymes reflète les priorités de ceux qui contrôlaient l’écriture de l’histoire.

Aujourd’hui, les chercheurs continuent de retrouver ces récits oubliés grâce aux archives religieuses, aux documents judiciaires, aux dossiers de propriété et aux recherches archéologiques.


Cette redécouverte oblige le Canada à reconnaître une histoire plus complète, incluant à la fois les réussites, les résistances et les souffrances vécues par les communautés noires.

La question de la première personne noire arrivée au Canada n’est donc pas seulement une question de date ou de nom. Elle représente une réflexion sur l’identité, l’appartenance et la manière dont une nation raconte son histoire.

Mathieu Da Costa ouvre une fenêtre sur une histoire longue de plus de quatre siècles, une histoire marquée par la résilience, la contribution et la lutte des Canadiens noirs.

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