KWIBUKA 32 | Montréal rend hommage aux victimes du Génocide Rwandais
- Editor

- 21 avr.
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La transmission de la mémoire entre les générations a occupé une place centrale lors d'une cérémonie de commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Plusieurs intervenants ont rappelé l'importance du témoignage, de l'engagement des jeunes et de la préservation de cette mémoire collective à travers des initiatives éducatives et artistiques.
En ouvrant cette séquence de la cérémonie, un hommage particulier a été rendu à Bryan, jeune intervenant dont le témoignage a profondément marqué l'assistance.
« **Bravo Brian et merci de représenter si brillamment cette jeunesse qui est née moins de 32 ans après** », a déclaré une intervenante, saluant la capacité des nouvelles générations à porter le devoir de mémoire. Elle a également adressé un message aux parents ayant vécu le génocide, soulignant que « **la transmission, le devoir de mémoire, c'est ce que Bryan vient de faire** ». Elle a enfin félicité l'ensemble des jeunes ayant accepté de témoigner et d'expliquer la signification de cette journée de commémoration.
La parole a ensuite été donnée à Sébastien Kakar, professeur au Département de géographie, d'urbanisme et d'environnement de l'Université Concordia et partenaire de longue date de l'association Page Rwanda.
Remerciant les organisateurs et les membres de la communauté pour leur invitation, il a rappelé les liens développés au fil des années entre Page Rwanda et l'Université Concordia. Cette collaboration est née grâce au projet *Histoire de vie de Montréal*, dirigé entre 2009 et 2012 par le professeur Stephen High au Centre d'histoire orale et de récits numérisés de l'université.
Selon lui, les récits recueillis auprès des survivants ont constitué le point de départ d'une relation qui n'a cessé d'évoluer au fil des années.
« **Ça prend du temps pour tisser des liens, des liens solides, et ça prend une certaine volonté pour les entretenir** », a-t-il affirmé, évoquant les nombreuses collaborations, les nouveaux projets et les personnes venues enrichir cette démarche mémorielle.
Engagé personnellement dans ce travail depuis 2013, Sébastien Kakar a expliqué avoir été profondément marqué par les témoignages des survivants.
« **Celui qui écoute le témoin devient le témoin à son tour** », a-t-il rappelé, précisant que cette réflexion l'avait conduit à utiliser son propre domaine d'expertise, la cartographie, comme moyen de transmission.
Ses recherches portent sur la manière dont les cartes peuvent devenir un langage capable de transmettre les récits humains tout en respectant la dignité des victimes.
« **Comment remettre sur la carte, de manière digne et respectueuse, celles et ceux qui en ont été effacés, rayés, éradiqués en 1994 ?** », s'est-il interrogé.
Cette démarche a conduit au développement d'atlas interactifs et de cartes permettant non seulement de localiser des lieux de mémoire, mais surtout d'accéder directement aux témoignages des survivants. Pour le chercheur, « **la carte est devenue un vecteur de transmission** », offrant une nouvelle manière de faire entendre ces voix auprès des étudiants, des chercheurs et du grand public.
Ces travaux ont été présentés lors de plusieurs conférences universitaires ainsi que dans deux expositions majeures. Une première, consacrée à la cartographie de la mémoire, s'est tenue au Centre d'histoire orale de l'Université Concordia en 2023. L'exposition a ensuite été accueillie au Mémorial du génocide de Gisozi, à Kigali, en juin 2024.
Sébastien Kakar a tenu à souligner le rôle déterminant de Marie-José Ichali dans la réalisation de ce projet, saluant « son tact, sa sensibilité et sa capacité de persuasion » qui ont permis le transfert de l'exposition au Rwanda.
Au cœur de cette initiative figure un mémorial cartographique conçu sous la forme d'une carte du Rwanda brodée sur un tissu blanc.
Le choix du tissu revêt une forte portée symbolique. Selon le professeur, il rappelle les quelques vêtements que les personnes emportent lorsqu'elles fuient les violences. Sa couleur blanche représente à la fois l'innocence des victimes et les linceuls utilisés dans de nombreuses cultures pour envelopper les corps avant leur inhumation.
Il a rappelé qu'en 1994, de nombreuses victimes du génocide contre les Tutsi n'avaient même pas bénéficié de cette ultime marque de dignité avant d'être jetées dans des fosses communes. Le tissu blanc du mémorial vise ainsi à réparer symboliquement cette absence.
Lors des différents événements commémoratifs organisés au Canada et au Rwanda, les participants ont été invités à inscrire sur de petits morceaux de tissu les noms de proches assassinés pendant le génocide, avant de les fixer sur la carte.
Présenté successivement à Montréal, Kigali, Toronto et Ottawa, ce mémorial itinérant s'est progressivement enrichi des contributions des survivants et de leurs familles.
À ce jour, plus de 500 noms de victimes y ont été ajoutés, nécessitant la création d'une version plus grande de la carte afin d'accueillir l'ensemble des hommages.
Même si ce chiffre demeure infime au regard du million de victimes du génocide contre les Tutsi de 1994, Sébastien Kakar a insisté sur le véritable objectif du projet.
« **Ce travail ne cherche pas à révéler une géographie précise et quantifiée de l'horreur** », a-t-il expliqué. Il vise avant tout à mettre en lumière « **le profond vide humain laissé au Rwanda et bien au-delà par ce génocide, les liens brisés, mais aussi ce que toute la violence déployée n'a pas réussi à sectionner** ».
Le mémorial a également permis à de nombreux survivants de partager avec leurs enfants et leurs proches des souvenirs longtemps restés silencieux. Selon plusieurs participants, le simple fait d'écrire les noms des disparus et de les placer sur cette carte constitue une étape importante dans le processus de mémoire et de guérison.
En conclusion de son intervention, le professeur a résumé le sens de cette démarche en déclarant : « **Cartographier la mémoire, c'est peut-être aussi un peu cela : ouvrir un petit espace d'échange et de compassion, faire un peu de bien, maintenir, créer et renforcer des liens.** »
Si vous le souhaitez, je peux également adapter cet article au style d'un média comme *Le Devoir*, *Radio-Canada*, *La Presse* ou *Jeune Afrique*, avec un ton encore plus journalistique.




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