RÉCOLTE D'AUBERGINES, PIMENT EN DIRECT POUR LES COMMANDES MONTREAL - QUEBEC
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- 7 mai
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Transformer une passion héritée de l'enfance en un projet agricole reconnu pour ses retombées sociales, économiques et interculturelles. C'est le pari qu'a relevé le fondateur du Groupement volontaire pour le développement rural durable Nord-Sud (GVDRD Nord-Sud), qui cultive depuis plus d'une décennie des légumes tropicaux adaptés au climat québécois tout en favorisant le rapprochement entre les communautés.
Chaque saison, des centaines de clients parcourent plusieurs kilomètres pour venir s'approvisionner en aubergines africaines, amarantes, feuilles d'oseille, feuilles de patates douces (Matembé), piments et autres légumes exotiques. Certains arrivent de Québec, de Montréal, d'autres encore de Toronto, du Nouveau-Brunswick et même des États-Unis.
« Nous avons une forte demande. Les gens viennent se ravitailler en légumes exotiques tropicaux ici parce qu'il n'y a pas beaucoup de producteurs à cette échelle au Québec et au Canada », explique le responsable du projet.
Une vocation née dès l'enfance
Originaire de Bukavu, en République démocratique du Congo, l'agriculture accompagne le fondateur du projet depuis son plus jeune âge. Il raconte avoir découvert le travail de la terre aux côtés de sa mère, qui élevait seule sa famille après le décès de son père.
« C'est vraiment ma mère qui m'a beaucoup aidé à comprendre ce qu'est l'agriculture. Après l'école, nous allions l'aider dans les champs. Elle nous a fait grandir grâce à son travail. »
Cette expérience marquera profondément son parcours. Après des études en développement rural au Congo, il travaille auprès des agriculteurs avant d'immigrer au Québec en 2003.
Souhaitant mieux comprendre les réalités des régions québécoises, il poursuit une maîtrise en développement régional, où il s'intéresse à la gouvernance territoriale et à la collaboration entre les acteurs publics, privés et communautaires.
« Je voulais vérifier si ce que j'avais étudié pouvait réellement se concrétiser sur le terrain. »
Une expérimentation devenue une référence
L'aventure débute en 2013 grâce à un partenariat avec le producteur agricole Pierre Ricard, qui accepte de lui louer une parcelle de terrain afin de tester la culture de légumes tropicaux sous climat tempéré.
Le projet démarre modestement avec une cinquantaine de plants d'aubergines et quelques variétés d'amarantes.
Douze ans plus tard, plusieurs hectares sont consacrés à la production de dizaines de variétés de légumes recherchés par une clientèle toujours plus nombreuse.
« L'objectif était de voir si les légumes qui poussent en milieu tropical pouvaient s'adapter au climat québécois. Aujourd'hui, la réponse est clairement oui. »
Bien plus qu'une ferme
Pour son fondateur, le projet dépasse largement la simple production agricole.
Il y voit un véritable outil de développement régional et de cohésion sociale.
« Les gens viennent ici, ils se rencontrent, ils discutent. Certains se donnent même rendez-vous sur le site. C'est devenu un lieu de socialisation et d'échanges interculturels. »
Le projet contribue également à faciliter l'intégration des nouveaux arrivants.
Selon lui, l'alimentation joue un rôle essentiel dans le processus d'établissement.
« Manger, c'est culturel. Beaucoup de familles viennent avec leurs enfants pour leur montrer d'où viennent les aliments qu'elles consomment. »
Chaque année, des journées de dégustation sont organisées afin de faire découvrir ces légumes au grand public. Les visiteurs y apprennent également leurs propriétés nutritionnelles et médicinales.
« Nos légumes ne servent pas seulement à se nourrir; plusieurs possèdent aussi des propriétés antioxydantes et des valeurs médicinales importantes. »
Une agriculture soutenue par la communauté
Le projet repose largement sur l'implication de bénévoles qui participent aux récoltes, à la préparation des commandes et au conditionnement des légumes.
À la fin de la saison, des groupes de bénévoles prennent également part aux activités de glanage afin d'éviter les pertes de récoltes.
« Ce projet n'est pas seulement pour les immigrants. C'est devenu un bien collectif dont toute la communauté profite. »
Cette mobilisation permet non seulement de répondre à la demande, mais aussi de renforcer les liens entre citoyens de différentes origines.
Une reconnaissance progressive
Pendant près de dix ans, le projet évolue uniquement grâce aux cotisations des membres et au travail bénévole.
En 2023, un premier soutien financier de la MRC permet d'acquérir des équipements de conservation, notamment des chambres froides et des machines d'emballage sous vide.
Cette nouvelle étape réduit considérablement les pertes de légumes et permet désormais aux consommateurs d'acheter des produits locaux même durant l'hiver.
« Avant, nous perdions beaucoup de légumes à la fin de la saison. Aujourd'hui, nous pouvons les conserver et continuer à approvisionner notre clientèle pendant plusieurs mois. »
Des légumes désormais québécois
Au fil des années, le fondateur estime que ces cultures ont pleinement trouvé leur place dans le paysage agricole québécois.
« Nous parlions autrefois de légumes tropicaux. Aujourd'hui, je pense que ce sont devenus des légumes québécois, parce qu'ils font maintenant partie du système alimentaire du Québec. »
Selon lui, cette évolution illustre la capacité du territoire à intégrer de nouvelles productions agricoles tout en répondant aux besoins d'une population de plus en plus diversifiée.
Un modèle de développement régional
Le projet agricole collectif poursuit aujourd'hui plusieurs objectifs simultanément : produire des aliments de proximité, créer des emplois saisonniers, encourager le bénévolat et favoriser le dialogue interculturel.
Il bénéficie désormais de collaborations avec des partenaires privés, des institutions publiques, des pépinières spécialisées ainsi que de nombreux médias qui contribuent à faire connaître son initiative.
« Les médias nous aident à faire entendre notre voix. Beaucoup de clients nous disent qu'ils nous ont découverts après avoir vu un reportage ou une entrevue. »
Un rêve tourné vers l'avenir
Le responsable souhaite maintenant assurer la pérennité de l'initiative afin d'embaucher davantage de travailleurs et poursuivre son développement.
Pour lui, l'agriculture de proximité représente un modèle d'avenir.
« Les gens auront toujours besoin de manger. Notre projet touche directement la sécurité alimentaire et la santé des communautés. »
Il lance enfin un appel au public afin de soutenir cette agriculture communautaire.
« En achetant un kilogramme d'aubergines, d'amarante ou de feuilles de patates douces, les citoyens contribuent directement à faire avancer le projet. Nous avons besoin de leur soutien pour continuer. »
Tout en remerciant les bénévoles qui l'accompagnent depuis les débuts de l'aventure, il conclut avec une conviction qui guide encore aujourd'hui son engagement :
« La force du bénévolat, c'est ce qui nous permet d'avancer. »




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