KWIBUKA 32 | Montréal rend hommage aux victimes du Génocide Rwandais
- Editor

- Apr 10
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Devant une assemblée composée de rescapés, de familles de victimes, de jeunes et de dignitaires, un appel solennel à la mémoire et à l’engagement a été lancé à l’occasion de l’ouverture de la 32e période de commémoration du génocide contre les Tutsi de 1994. L’intervention, empreinte d’émotion et de gravité, a rappelé à la fois l’ampleur de la tragédie et les responsabilités contemporaines qui en découlent.
« Nous sommes réunis aujourd’hui avec des cœurs lourds, mais aussi avec une chaleur humaine qui nous ressemble », a déclaré l’orateur, soulignant la résilience d’un peuple « qui n’oublie pas et qui se soutient ». Cette cérémonie a été l’occasion de rendre hommage aux victimes, d’exprimer la solidarité envers les survivants et de renouveler le serment collectif : « plus jamais ».
Le rappel des faits demeure essentiel. Il y a 32 ans, en l’espace d’environ 100 jours, entre 800 000 et un million de personnes ont été massacrées. « Ce ne sont pas des simples chiffres, ce sont des vies, des familles et des communautés arrachées », a insisté l’intervenant, évoquant une tragédie ayant touché près d’un quart de la population rwandaise de l’époque, avec environ 70 % des Tutsi décimés.
Au-delà des pertes humaines, les conséquences sociales ont été profondes. Près de deux millions de personnes ont été déplacées, provoquant des ruptures durables dans le tissu social. Face à cette situation, des mécanismes de justice ont été mis en place, notamment les juridictions gacaca, qui ont permis de traiter près de deux millions de dossiers grâce à une mobilisation citoyenne sans précédent. À l’échelle internationale, le Tribunal pénal international pour le Rwanda a poursuivi 93 individus, contribuant à établir les responsabilités au plus haut niveau.
La question de la justice reste toutefois intimement liée à celle de la mémoire et des séquelles. L’orateur a partagé un témoignage marquant issu d’un film présenté lors d’un festival de cinéma : « C’est important que les responsables soient condamnés, parce que les victimes, surtout les survivants, eux ont été déjà condamnés à perpétuité. » Il a ajouté, en évoquant son expérience personnelle : « Les traces de balles que j’ai sur mon corps, mes parents, mes frères et sœurs que je n’ai plus, ça va me rester jusqu’à la fin de ma vie. »
Aujourd’hui encore, les survivants vivent avec des blessures psychologiques, une vulnérabilité économique et des réalités sociales difficiles, notamment au sein de ménages dirigés par des veuves ou des personnes âgées. Ces constats appellent à des actions concrètes, notamment un soutien psychosocial durable, des programmes économiques ciblés et une véritable inclusion sociale.
Dans un contexte mondial marqué par la persistance de violences fondées sur l’ethnie, la religion ou l’appartenance, le discours a également mis en garde contre les dangers contemporains. « La haine se répand parfois par des discours et des réseaux sociaux qui n’ont jamais été aussi puissants », a-t-il averti, appelant à une vigilance accrue face à toute forme de stigmatisation ou de discrimination.
La mémoire, selon lui, ne doit pas se limiter au souvenir. « La mémoire est une école de vie pour les jeunes générations », a-t-il affirmé, rappelant que « la parole peut se transformer en armes et l’indifférence peut être complice du pire ». Citant une réflexion marquante attribuée à un survivant de la Shoah, il a souligné : « Le contraire de l’amour, ce n’est pas la haine… c’est l’indifférence. »
Trois engagements principaux ont été proposés au public : transmettre la vérité aux jeunes générations sans altération des faits, soutenir concrètement les survivants, et refuser toute forme d’indifférence en dénonçant les discours de haine et le négationnisme. Ce dernier a été décrit comme « la dernière étape du génocide », une phase qui « n’a pas de fin » et qui peut débuter dès la fin des violences, voire pendant celles-ci.
Enfin, l’orateur a salué la présence des responsables publics et politiques, les appelant à porter cette mémoire dans leurs actions. « En venant ici, vous dites oui […] à la responsabilité de promouvoir la mémoire, de soutenir les politiques de réparation et de prévenir toute résurgence de haine », a-t-il affirmé.
En conclusion, un message fort a été adressé à l’ensemble de la société : faire de la mémoire une force vivante. « Que nous soyons chacun à notre place des gardiens vigilants de la dignité humaine afin que “plus jamais” devienne une réalité durable et non juste un slogan. »



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