Témoignage de l'histoire des Noirs
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- 5 avr.
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Une réflexion puissante sur l’identité, le déplacement et la reconnaissance historique s’est déroulée lors d’une discussion publique marquant le Mois de l’histoire des Noirs, alors qu’une éducatrice et militante communautaire née en Jamaïque a partagé une perspective profondément personnelle et historique sur l’expérience noire en Amérique du Nord.
« Je suis Jamaïcaine », a commencé l’intervenante, ancrant son identité dans la nationalité plutôt que dans la race. Tout au long de ses propos, elle a remis en question l’usage conventionnel du terme « Noir », le décrivant non pas comme une culture ou un peuple, mais comme « une triste histoire… un peuple qui est encore à la recherche d’un foyer ».
Établissant des comparaisons entre différentes histoires, elle a souligné des parallèles entre les expériences des descendants africains et celles des Canadiens français, en particulier durant des périodes de déplacement et de lutte. « Il fut un temps où les Canadiens français ont été arrachés à leur foyer… mère, père et enfant ne restaient jamais ensemble », a-t-elle noté, insistant sur le fait que la douleur du déracinement n’est pas unique, mais partagée par diverses communautés.
Au cœur de son message se trouvait l’idée que l’identité est enracinée dans l’appartenance — quelque chose qui, selon elle, a été historiquement refusé à de nombreuses personnes d’ascendance africaine en Amérique du Nord. « Si vous venez du Rwanda, vous êtes Rwandais… si vous êtes du Québec, vous êtes Québécois. Mais “noir” n’est personne », a-t-elle déclaré. « Des personnes à la recherche d’un foyer, à la recherche de leur famille, à la recherche d’un sentiment d’appartenance. »
L’intervenante a également mis en lumière des contributions historiques souvent négligées des Africains dans les débuts de l’histoire nord-américaine. Se référant à des archives, elle a évoqué Mathieu Da Costa, un interprète africain qui accompagnait les premiers explorateurs européens. « Nous ne sommes pas arrivés ici hier. Nous sommes venus avant Colomb », a-t-elle affirmé, remettant en question les récits dominants qui excluent souvent la présence noire des histoires fondatrices.
Ses propos se sont étendus à l’activisme, rappelant les efforts des années 1980 pour institutionnaliser le Mois de l’histoire des Noirs. « Nous sommes allés à l’hôtel de ville et nous avons dit que nous voulions de la reconnaissance », a-t-elle expliqué. Ce plaidoyer a conduit à des programmes éducatifs, des célébrations culturelles et à la distribution de calendriers mettant en valeur les contributions des personnes noires — des initiatives qui se sont répandues dans les écoles et les universités.
Au-delà de la reconnaissance, elle a insisté sur l’importance de l’expression culturelle comme outil d’inclusion. « Nous utiliserons notre chant, notre danse, notre nourriture… pour embrasser tout le monde et devenir partie intégrante de la mosaïque », a-t-elle déclaré, plaidant pour l’unité sans effacer les spécificités culturelles.
Son parcours personnel a également façonné sa perspective. Arrivée au Canada en 1968, elle a été confrontée au racisme pour la première fois, en contraste avec son éducation en Jamaïque où elle « ne savait qu’une chose : je pouvais être tout ce que je voulais être ». Cette prise de conscience a nourri son engagement de toute une vie envers l’éducation et le développement communautaire.
En tant qu’enseignante et mère, elle a pris des mesures délibérées pour restaurer un sentiment d’identité au sein de sa propre famille. « Mes enfants doivent avoir une identité », a-t-elle expliqué, décrivant comment elle leur a donné des noms enracinés dans leur héritage ghanéen. « Ils peuvent dire : “Je ne suis pas noir. Je suis Canadien, je suis Ghanéen, je suis Jamaïcain.” C’est cela, l’identité. »
Cette philosophie s’est étendue à son travail en tant que cofondatrice d’une organisation dédiée à soutenir les enfants immigrants par l’éducation et les arts. Abordant les défis systémiques liés à l’acquisition des langues, en particulier dans le cadre des lois éducatives du Québec, elle a décrit comment de nombreux élèves peinent à s’intégrer académiquement en raison des barrières linguistiques. « Pouvez-vous imaginer avoir 14 ans et être à la maternelle ? » a-t-elle demandé, illustrant le coût social et psychologique.
Son organisation répond avec des solutions créatives, utilisant la musique, la danse et la performance pour aider les enfants à développer leurs compétences linguistiques et leur confiance. « Aucun enfant ne devrait être laissé de côté », a-t-elle insisté, soulignant que les obstacles financiers sont réduits au minimum afin d’assurer l’accessibilité.
L’initiative s’est également étendue à l’international, avec des programmes au Ghana visant à renforcer l’éducation bilingue dans une région où le français et l’anglais coexistent comme langues clés pour la participation économique.
Malgré le poids de son message, l’intervenante a conclu sur une note de résilience et d’unité. « Unis, nous tenons debout ; divisés, nous tombons », a-t-elle déclaré, réaffirmant une vision de progrès collectif. Tout en reconnaissant la lutte continue pour la reconnaissance et l’identité, elle a mis en avant l’expression culturelle et l’éducation comme des voies vers l’appartenance.
Ses réflexions constituent à la fois une critique des omissions historiques et un appel à l’action — exhortant les sociétés à reconnaître l’ensemble des contributions qui les ont façonnées, et à veiller à ce que les générations futures héritent non seulement de l’histoire, mais aussi de l’identité.



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