Horizon Espoir : une organisation communautaire qui préserve la culture burundaise dans le Grand Montréal 🇧🇮
- Editor

- 10 déc. 2025
- 3 min de lecture

L’émission Communauté en action, diffusée sur Afrobl TV, a récemment mis en lumière une initiative communautaire portée par des membres de la diaspora burundaise au Canada : la kirondisation, un projet éducatif visant l’apprentissage du kirundi auprès des enfants et des jeunes d’origine burundaise nés ou grandis au pays.
Au cœur de cette démarche se trouve Horizon Espoir, un organisme communautaire relativement jeune, enregistré depuis bientôt deux ans, mais déjà actif et structuré. L’organisme se donne pour mission de favoriser l’intégration sociale, économique, culturelle et citoyenne de la communauté burundaise, tout en veillant à la préservation de son identité culturelle.
Le nom Horizon Espoir reflète une ambition claire : regarder loin, au-delà des défis immédiats, et croire en la capacité collective d’une communauté à s’épanouir dans sa société d’accueil. Selon ses responsables, l’espoir n’est pas synonyme de détresse, mais plutôt un moteur de motivation et de foi dans la réussite par l’action commune.
La vision de l’organisme repose sur un principe fondamental : une intégration réussie n’exige pas l’abandon de ses racines. Au contraire, elle se nourrit du dialogue entre les cultures et du respect des identités. Dans un contexte canadien et québécois marqué par l’interculturalité, la communauté burundaise s’inscrit ainsi comme un acteur à part entière.
Parmi les réalisations d’Horizon Espoir, le projet « Turer Burundi » occupe une place centrale. Il consiste à enseigner le kirundi aux enfants et aux jeunes de la diaspora, qu’ils soient nés au Canada ou arrivés très jeunes, et parfois éloignés de leur langue maternelle.
Contrairement à certaines perceptions, cette initiative ne s’oppose ni à l’apprentissage du français ni à l’intégration scolaire. Le kirundi est enseigné comme langue seconde, dans un contexte où le français demeure la langue principale de scolarisation et de vie quotidienne. L’objectif est d’enrichir l’identité des apprenants, en les aidant à se construire comme citoyens canadiens et québécois pleinement conscients de leurs origines.
Au-delà de l’apprentissage linguistique, la kirondisation est perçue comme un outil de transmission culturelle. À travers la langue, des valeurs fondamentales sont transmises : le respect des aînés, la politesse, l’écoute, le sens de la communauté et le principe d’Ubuntu, cette conception africaine de l’humanité fondée sur la solidarité et l’interdépendance.
Pour les responsables du projet, la langue n’est pas qu’un moyen de communication, mais un canal d’éducation et de formation de la personnalité. Elle permet d’éviter l’acculturation totale et favorise plutôt une inculturation, c’est-à-dire un échange équilibré entre cultures.
Le projet repose sur un guide pédagogique élaboré par une équipe d’enseignants bénévoles, sous la coordination pédagogique de Pascal De Guilimana, enseignant de formation. Ce document constitue la colonne vertébrale du programme.
Ce guide permet d’assurer une continuité pédagogique, même en cas de remplacement d’enseignants, et offre aux parents une visibilité claire sur les contenus enseignés.
Face à la dispersion géographique de la communauté burundaise à travers le Québec et le Canada, Horizon Espoir a opté pour un enseignement en ligne. Les cours sont dispensés à distance, le week-end, grâce à une équipe d’environ six enseignants bénévoles appuyés par un soutien technique.
Cette approche virtuelle a facilité la participation des familles et levé plusieurs obstacles logistiques. Après trois mois de mise en œuvre, le projet rassemble déjà entre 30 et 35 apprenants, âgés de 4 à 25 ans, et suscite un réel enthousiasme.
Parmi les principaux succès figurent la motivation des enfants, l’implication croissante des parents et un changement de mentalité au sein des familles, où le kirundi recommence à être parlé à la maison. Toutefois, des défis persistent, notamment la mobilisation durable d’enseignants bénévoles et le financement minimal nécessaire au fonctionnement du programme.
Un appel est lancé aux membres de la diaspora disposant de compétences pédagogiques, ainsi qu’aux parents et partenaires potentiels, afin de soutenir cette initiative. Pour ses promoteurs, le bénévolat, bien que peu rémunérateur financièrement, constitue une richesse humaine et sociale inestimable.
En définitive, la kirondisation, telle que portée par Horizon Espoir, s’inscrit dans une logique d’ouverture et de complémentarité. Apprendre le kirundi ne nuit pas à l’apprentissage du français ; cela contribue plutôt à l’enracinement identitaire et à l’enrichissement des valeurs universelles partagées par la société québécoise et canadienne.
À travers cette initiative, la langue devient un pont entre générations, cultures et continents, au service d’une intégration harmonieuse et durable.




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